

"Stéphanie Pfister écrit et dessine. Les deux activités se développent parallèlement, mais s’imbriquent l’une dans l’autre. Les mots
sont souvent objets peints, les images imprègnent les textes. Elle
parle de « laboratoire de mots » et décrit son travail de dessin et
d’aquarelle avec l’audace presque désinvolte de son vocabulaire :
« C’est avec des explosions de jus de grenade, des lustres cassés
et des taches de graisse sur les cravates que je voudrais naïvement, et à l’aquarelle, m’attaquer à la peinture du dimanche, et aux
petits doigts levés ».
De désinvolture, en réalité, il n’y a pas. Mais un puissant imaginaire qui évoque les contes initiatiques chargés de symboles
et produit des images déconcertantes, issues d’une mythologie
personnelle incroyablement riche.
Ses pièces donnent l’impression de se situer sur le fil d’une
sensibilité à fleur de peau, qui peut les faire basculer à tout
moment dans l’effacement ou disparaître submergées par l’émotion.
L’excès côtoie la délicatesse, la finesse d’observation les débordements, dans un va-et-vient permanent et vertigineux, d’où la
légèreté n’est pas absente. Les titres de ses récentes expositions
à la Galerie Favre de Nyon et au Musée de l’Abbaye de Saint-Claude sont évocateurs : « Plaisirs et catastrophes », « Des fesses
remplies de pétales de roses ».
« L’aquarelle est un moyen incontrôlable, générateur de catastrophes, c’est une peinture qui dérape facilement. » dit Stéphanie
Pfister. C’est avec l’aquarelle qu’elle a redonné vie aux fleurs
en plastique qui ornent les tombes. Encadrées sobrement, elle les
disposent au sol, verticalement, dans une parodie de cimetière.
Les corps, comme les fleurs, retrouvent-ils la vie une fois ensevelis
dans la terre ?"
C’est avec des explosions de jus de grenade, des lustres cassés et des taches de graisse sur les cravates que je voudrais naïvement, et à l’aquarelle, m’attaquer à la peinture du dimanche, et aux petits doigts levés.
Le dessin et l'écriture sont les moyens qui sont à la base de mon travail. Même s’ils se mêlent ensuite à la peinture, ou qu’ils se transforment en installation, en livre, en action, ou en vidéo, il y a avant tout dans ma pratique une recherche de la ligne, par la sensibilité du trait, et un laboratoire de mots dans lequel je bricole librement. Le stylo-bille noir est intimement relié à ma pensée et devient mon premier prolongement.
« I love reallity » parce que, nous voulons du cheval rose qui saute par-dessus un arc-en-ciel, mais de préférence en forme de saucisson découpé sur une table d’apéritif. Nous voulons de la pourriture, et du goût fort dans nos fromages, parce qu’il n’y a pas de vieillesse sans ride, pas d’amour sans odeur de transpiration, et pas de vie sans disparition et sans catastrophe. Nous voulons une laideur aussi belle qu’une rose fanée, qu’un vieux préservatif tombé au pied du lit, comme tout ce qui sent la vie.
« L’absence est omniprésente » parce que notre situation est fragile, parce les objets s’effacent, les couleurs disparaissent, et les débordements viennent créer des imprévus. Avec l’aquarelle, il y a cette étrange douceur, qui spontanément peut devenir si vive et éclatante. L’aquarelle est un moyen incontrôlable, générateur de catastrophes, c’est une peinture qui dérape facilement. Elle tache et éclabousse comme quand on saute à pieds joints dans une flaque d’eau.
Pyrogravure ou peinture, aquarelle ou mortadelle, quels que soient les moyens utilisés, j’aimerais donner à voir dans mon travail, une forme d’excès dû à l’urgence et à la fragilité du fait d’être en vie et en viande. Une forme d’exaltation et d’émerveillement par rapport à ce phénomène et tout ce qu’il entraîne. Mon travail voudrait prôner le plaisir dans ce qu’il a de plus sensoriel et proche de la vie, par la fête, la lumière, la gourmandise, le sexe, la musique et les baignades dans le silence. Dans « plaisirs et catastrophes », il s'agit d'abord d'un amusement à travers des brèves narrations, des petites violences, des fusillades de couleurs, et une recherche de la perte du contrôle et de l'effacement de la matière.
Stéphanie Pfister

Installation au sol d’un puzzle en construction sur un tapis noir. Sur le puzzle figure une impression de dessins noirs et blancs. Par leur arrangement, et leur fragmentation, les dessins ne sont que partiellement visibles.
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"Texte savoureux qui joue sur la déconstruction du langage et sa musicalité. Les mots sont une matière triturée, reprise, répétée, jusqu’à en extraire tout le plaisir contenu."
(Festival des Urbaines 2007)"...A l'insouciance, Stéphanie Pfister oppose la «Sous sciences». Les poèmes en prose et en typographie de Sous sciences présentent la même fraîcheur naïve (feinte?) que ses interventions les «actions poétiques»: jeux de mots, jeux de signes, odes au plaisir.Le paradis est un paradire."
(Le Temps)"...Il y est question entre autre de trains suisses, de tournis, d’ennui et de caresses. De mathématique aussi. Stéphanie Pfister nous donne à lire (et à voir) un monde subtil et drôle, se jouant des mille et un détails comme des mots. « Il faut rajouter bien sûr, que plus on est sensible, plus la magie opère… »"
(L'Hebdo, sélection littéraire de Payot, 2007)
Le texte « logique insomniaque » est sérigraphié sur des taies d’oreiller, c’ est un arbre logique répétant des phrases autour de la question du sommeil, des yeux fermés et du corps qui bouge.
Inscription en bas-relief d'un texte concernant le chocolat sur des plaques de chocolat produites à partir de moules en silicone alimentaire. commander
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Intervention in situ aux Halles de l'île à Genève. Une main en silicone se tient à une chaîne accrochée à la rive du Rhône. Dans la salle d’exposition une longue-vue est posée en face d’une fenêtre, elle est dirigée sur la main qui se trouve sur l’autre rive. Sous la longue-vue figure une plaquette avec l’inscription « Jeune artiste (au travail) ».
Traversé est une vidéo en projection verticale. Elle est soutenue par un texte, lu sans interruption ne laissant pas une seconde de répit. On y voit défiler des images de corps et d’objets animés qui les traversent, celle-ci s’immiscent dans un flot rapide d’images documentaires d’un groupe d’amis. Ici, l’existence est comme un tout d’une richesse ineffable, un jeu sensoriel excessif, qui passe dans notre chair vive et en ressort.
Une bouche ingurgite une ampoule, recrache une voiture, gobe une bille et des plumes, vomit du lait, avale une fleur, une langue, des piments, des épingles et rend la musique. Des images filmée et montée de façon bégayante.
Histoire fraîche est un film érotique composé par des glaçons en forme de lettres. Les glaçons déposés les uns après les autres dans une poêle fondent et font progresser une histoire, en répandant leur chaude vapeur depuis la caresse jusqu’à l’orgasme.
Face à face, deux personnes se caressent, des fruits rouges et des orties s’animent sur leurs profils. Les fruits s’écrasent et font ainsi passer l’image progressivement de la pureté à la dégénérescence. En voix off se construit progressivement un texe chuchoté, en lien étroit avec les images.
Le poumon est une pièce composée d’un texte en arborescence imprimé, et d’une boucle vidéo noir blanc diffusée sur un petit téléviseur, d’où se propagent trente hauts parleurs reliés en arborescence de même structure que le texte. La boucle très courte de la vidéo se contient dans une seule respiration, cette même respiration enregistrée et répartie sur chacunes des enceintes. Elle représente un chemin allant vers un arbre, et des chaussures qui se déplacent seules en avant puis en arrière.
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